A RETENIR :
- La pharmacogénétique permet d'adapter certains traitements psychiatriques au profil génétique du patient.
- Les cytochromes P450 (CYP2D6, CYP2C19, CYP2B6...) constituent aujourd'hui les marqueurs les plus utilisés en pratique. 
- Le génotypage HLA peut aider à prévenir certains effets indésirables graves liés à des traitements spécifiques.
- Les résultats pharmacogénétiques doivent être interprétés en tenant compte des données cliniques et biologiques du patient. 
- L'accès aux tests et leur intégration dans les parcours de soins représentent des enjeux majeurs pour le développement de la psychiatrie de précision.

Les traitements psychiatriques ne produisent pas toujours les mêmes effets d'un patient à l'autre. Entre efficacité variable, effets indésirables et ajustements thérapeutiques successifs, la prise en charge repose encore souvent sur une approche par essais-erreurs. Dans un article publié dans La Lettre du Psychiatre, les Dr Alice Bedois, Laure Raymond et Boris Chaumette reviennent sur les perspectives offertes par la pharmacogénétique pour personnaliser les traitements et accompagner le développement de la médecine de précision en psychiatrie. 

Sortir de l'approche par essais-erreurs

L'objectif de la pharmacogénétique est d'établir un lien entre les caractéristiques génétiques d'un individu et sa réponse aux médicaments. Cette approche vise à identifier, avant ou pendant le traitement, les facteurs susceptibles d'influencer son efficacité ou sa tolérance. 

En psychiatrie, où les réponses thérapeutiques sont particulièrement variables, cette démarche ouvre des perspectives intéressantes. Elle pourrait notamment permettre de réduire les périodes d'ajustement, d'éviter certaines prescriptions inefficaces et de limiter l'exposition à des effets indésirables parfois responsables d'une mauvaise observance. 

Les auteurs soulignent ainsi le potentiel de la pharmacogénétique pour orienter le choix du traitement et adapter les posologies en fonction du profil du patient, dans une logique de médecine personnalisée. 

 

CYP450 et HLA : les applications les plus matures 

Parmi les nombreux gènes étudiés en pharmacogénétique, les plus robustes concernent aujourd'hui les cytochromes P450, notamment CYP2D6, CYP2C19, CYP2C9 et CYP2B6. Ces enzymes interviennent dans le métabolisme de nombreux psychotropes, parmi lesquels les antidépresseurs et certains antipsychotiques. 

Selon les variants génétiques identifiés, un patient pourra être qualifié de métaboliseur lent, intermédiaire, normal ou ultrarapide. Ces informations permettent d'anticiper certaines situations de surdosage ou, au contraire, d'efficacité insuffisante, et d'adapter les stratégies thérapeutiques lorsque cela est nécessaire. 

L'article met également en avant l'intérêt du génotypage HLA. Certains allèles, comme HLA-A31:01 ou HLA-B15:02, sont associés à un risque accru de réactions cutanées sévères sous carbamazépine ou lamotrigine. Leur recherche contribue ainsi à sécuriser la prescription de ces traitements. 

Une approche à intégrer dans une vision globale du patient 

Si les données pharmacogénétiques apportent une aide précieuse à la décision thérapeutique, elles ne doivent pas être interprétées isolément. Les auteurs rappellent que d'autres facteurs influencent également la réponse aux médicaments : âge, fonction hépatique ou rénale, interactions médicamenteuses, comorbidités ou évidemment observance du traitement. 

Les résultats des tests génétiques doivent donc être intégrés à l'ensemble des données cliniques et biologiques disponibles afin de guider la prise en charge de manière pertinente. Cette approche multidimensionnelle mobilise différents professionnels de santé impliqués dans le parcours du patient.

 

Quels défis pour une généralisation en France ? 

Si plusieurs pays ont déjà intégré la pharmacogénétique dans leur pratique courante, son déploiement reste encore progressif en France. Les contraintes réglementaires, les modalités de remboursement et la nécessité de former les professionnels de santé constituent autant de défis à relever. 

Les auteurs évoquent également le développement possible d'un « passeport pharmacogénétique », permettant aux patients de conserver leurs données génétiques et de les partager avec les professionnels amenés à les prendre en charge. Cette perspective pourrait faciliter l'utilisation de ces informations tout au long du parcours de soins. 

La pharmacogénétique s'impose ainsi progressivement comme l'un des piliers de la médecine de précision en psychiatrie. En permettant une meilleure adéquation entre le traitement et le profil du patient, elle ouvre la voie à des prises en charge plus personnalisées, plus efficaces et potentiellement plus sûres. 

 

 

 

 

 

 

 

 
Figure : Adaptation du traitement médicamenteux 
en fonction du profil génétique du patient.